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samedi 16 avril 2011

Sigmund Freud et les autres sur l'hypothèse de l'inconscient psychique

On nous conteste de tous côtés le droit d'admettre un psychique inconscient et de travailler scientifiquement avec cette hypothèse. Nous pouvons répondre à cela que l'hypothèse de l'inconscient est nécessaire et légitime, et que nous possédons de multiples preuves de l'existence de l'inconscient.



 Elle est nécessaire, parce que les données de la conscience sont extrêmement lacunaires ; aussi bien chez l'homme sain que chez le malade, et il se produit fréquemment des actes psychiques qui, pour être expliqués, présupposent d'autres actes qui, eux, ne bénéficient pas du témoignage de la conscience. Ces actes ne sont pas seulement les actes manqués et les rêves, chez l'homme sain, et tout ce qu'on appelle symptômes psychiques et phénomènes compulsionnels chez le malade ; notre expérience quotidienne la plus personnelle nous met en présence d'idées qui nous viennent sans que nous en connaissions l'origine, et de résultats de pensée dont l'élaboration nous est demeurée cachée.
Tous ces actes conscients demeurent incohérents et incompréhensibles si nous nous obstinons à prétendre qu'il faut bien percevoir par la conscience tout ce qui se passe en nous en fait d'actes psychiques ; mais ils s'ordonnent dans un ensemble dont on peut montrer la cohérence, si nous interpelons les actes inconscients inférés. Or, nous trouvons dans ce gain de sens et de cohérence une raison, pleinement justifiée, d'aller au-delà de l'expérience immédiate. Et s'il s'avère de plus que nous pouvons fonder sur l'hypothèse de l'inconscient une pratique couronnée de succès, par laquelle nous influençons, conformément à un but donné, le cours de processus conscients, nous aurons acquis, avec ce succès, une preuve incontestablement de l'existence de ce dont nous avons fait l'hypothèse. L'on doit donc se ranger à l'avis que ce n'est qu'au prix d'une prétention intenable que l'on peut exiger que tout ce qui se produit dans le domaine psychique doive aussi être connu de la conscience.

Sigmund Freud, Métapsychologie, Inconscient, paragraphe 1.




vendredi 19 mars 2010

Sigmund Freud,Les trois blessures narcissiques


                                     Sigmund Freud,1938

Dans le cours des siècles, la science a infligé à l’égoïsme naïf de l’humanité deux graves démentis. La première fois, ce fut lorsqu’elle a montré que la terre, loin d’être le centre de l’univers, ne forme qu’une parcelle insignifiante du système cosmique dont nous pouvons à peine nous représenter la grandeur. Cette première démonstration se rattache pour nous au nom de Copernic, bien que la science alexandrine ait déjà annoncé quelque chose de semblable. Le second démenti fut infligé à l’humanité par la recherche biologique, lorsqu’elle a réduit à rien les prétentions de l’homme à une place privilégiée dans l’ordre de la création, en établissant sa descendance du règne animal et en montrant l’indestructibilité de sa nature animale. Cette dernière révolution s’est accomplie de nos jours, à la suite des travaux de Ch. Darwin, de Wallace’ et de leurs prédécesseurs, travaux qui ont provoqué la résistance la plus acharnée des contemporains. Un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu’il n’est seulement pas maître dans sa propre maison, qu’il en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique. Les psychanalystes ne sont ni les premiers ni les seuls qui aient lancé cet appel à la modestie et au recueillement, mais c’est à eux que semble échoir la mission d’étendre cette manière de voir avec le plus d’ardeur et de produire à son appui des matériaux empruntés à l’expérience et accessibles à tous. D’où la levée générale de boucliers contre notre science, l’oubli de toutes les règles de politesse académique, le déchaînement d’une opposition qui secoue toutes les entraves d’une logique impartiale.
Sigmund Freud, Introduction à la psychanalyse (1916),Deuxième partie,chap18, trad. S. Jankélévitch, Payot, colt. «Petite Bibliothèque», 1975, p. 266-267.



samedi 13 mars 2010

Sigmund Freud sur conscience,inconscient,résistance et refoulement


Comment se faisait-il donc que des patients eussent oublié tant de faits de leur vécu extérieur et intérieur,et qu'ils pussent cependant se les remémorer quand on leur appliquait la méthode que nous avons décrite?A ces questions l'observation apporta une réponse exhaustive.Tout ce qui était oublié avait été d'une manière ou d'une autre pénible,que ce fût effrayant ou douloureux ou honteux,face aux exigences de la personnalité.Une idée s'imposait d'elle-même;c'était justement pour cette raison que cela avait été oublié,c'est-à-dire n'était pas resté conscient.Pour le rendre malgré tout à nouveau conscient,il fallait surmonter chez le malade quelque chose qui le cabrait,il fallait y mettre du sien pour le presser et l'obliger.L'effort exigé de la part du médecin était d'une intensité variable suivant les cas,il était proportionnel à la difficulté que présentait la chose à remémorer.La dépense d'énergie du médecin donnait manifestement la mesure d'une résistance chez le malade.Il suffisait maintenant de traduire en mots ce qu'on avait éprouvé soi-même,et l'on était en possession de la théorie du refoulement.
Sigmund Freud,Sigmund Freud Présenté par lui-même,traduit de l'allemand par Fernand Cambon,Editions Gallimard,pp.49-50.