jeudi 29 janvier 2015

Problématique de la Gouvernance: Yaakaar peut-il naître parmi nous à Pagaal aujourd'hui?


 


       








Dans les eaux du Fleuve Jotnaam Ndigil encore appelé Fleuve de la Vérité chez nous à Pagaal et qui passe en surface et en profondeur par toutes les terres du monde Pagaal,  il y a une pirogue en or transportant une femme enceinte, sourde, aveugle, muette et amnésique,  en compagnie d’un homme qui, lui aussi, est sourd, aveugle, muet et amnésique. Dans la pirogue, il y a un ballon en or sur un pied droit en or.

Je ne fais que raconter d’abord, pour ensuite réfléchir sur ce que j’ai entendu au cours d’un rêve durant un long et profond sommeil existentiel. Je crois que personne ne s’étonnera que je m’intéresse à mes rêves et de ne pas les garder secret, comme si mes rêves ne voulaient rien dire et ne pouvaient rien dire aux autres hommes sur la terre, proches de moi ou très éloignés de moi, ici dans le même Etat de Pagaal ou en dehors de Pagaal.

Je ne sais pas comment ni pourquoi je suis arrivé au cours de mon sommeil au milieu de cette grande assemblée des Assises du Khoy des saltiguis de Wéthiar Ndigil qui se tiennent quelque part dans le monde. Wéthiar Ndigil, c’est l’Esprit universel du monde qui n’oublie qui n’oublie jamais ce qu’il sait des vérités du monde et dont il est témoin. Les saltiguis de Wéthiar sont des femmes et des hommes qui n’oublient pas la vérité et qui ne vénèrent que la vérité.

Le Corps social des saltiguis de Wéthiar est l’Ancêtre, la forme la plus ancienne du Corps social des Renseignement Généraux dans la chaîne de la surveillance de l’existence à l’intérieur et à l’extérieur du territoire de l’Etat moderne de Pagaal.

La fonction du Corps social des saltiguis de Wéthiar à Pagaal et ailleurs dans d’autres corps politiques et celui des Renseignement généraux de l’Etat moderne de Pagaal ont la même fonction sociale, la même mission politique, mais les moyens pour entrer en contact avec la réalité sur laquelle porte leurs renseignements ne sont pas les mêmes. Les méthodes dont ils disposent pour transmettre ce qu’ils savent ou prétendent savoir au sujet de l’existence de nature à être surveillée et qui aurait un besoin de surveillance ne sont pas non plus les mêmes.

Les Renseignements généraux de tous les Etats anciens et modernes rendent compte à un chef ou à un directeur de leur institution de surveillance alors que le corps des Saltiguis de Pagaal s’adresse toujours publiquement au peuple. Les Assises du Khoy de Wéthiar Ndigil sont les assises de tous les hommes et de tous les peuples parce qu’il n’existe pas de groupement politique qui ne tiendrait pas son existence de quelque assemblée.

La valeur des renseignements de ces deux corps n’est pas non plus la même. Je ne sais rien de la valeur des informations des RG, mais j’ai entendu dire durant cette assemblée, par la voix du personnage qui introduit l’Assemblée et lance l’appel à ce qui ont vu ou entendu quelque chose de signifiant dans l’existence, leur rappeler que jamais le Corps des saltiguis de Wéthiar n’a annoncé au peuple ce qui n’est pas en route et qui pourrait arriver à sa destination ou qui pourrait être détourné de sa fin personnelle ou de sa fin collective.

Les agents du Corps social des saltiguis de Pagaal sont des fonctionnaires de la communauté de Pagaal, mais ils ne reçoivent aucun salaire et leur activité n’est pas un métier. Leur salaire et leur satisfaction, je crois, c’est la chance d’entendre ou de voir quelque chose, quelque signe de la vérité, par leurs « Grandes oreilles  claires», leurs « Grands yeux clairs » dans l’Oreille et dans l’œil de la Transparence de Wéthiar Ndigil dans l’obscurité externe et interne de l’existence dans ses intimités particulières et dans leur environnement naturel ou social.

Je ne sais pas par où commence et par où s’arrête la responsabilité des RG dans la surveillance de l’existence, mais il n’est pas de la fonction des saltiguis d’agir. Leur mission est d’alerter. Ils ne prétendent pas dire la vérité, mais leur éthique est de dire tout ce qu’ils ont vu ou entendu et qui pourrait concerner quelque autre existence en dehors de leur vie individuelle en tant qu’agent ou en tant que corps social dans la surveillance de l’existence, sans rien déformer. La seule cause qui leur fait perdre leur pouvoir est de déformer volontairement la vérité de ce qu’ils ont vu ou entendu. Ils n’interprètent rien. Ils ne comprennent pas nécessairement tout ce qu’ils voient ou entendent et c’est pourquoi ils doivent en parler. Ils ne parlent pas pour effrayer et ils ne parlent pas pour tempérer une angoisse existentielle collective ou personnelle venant de la nature ou de l’homme lui-même.

Les saltiguis de Wéthiar ont dit que la femme qui se trouve dans la pirogue en or dans les eaux du fleuve Jotnaam s’appelle Mosselle. Ce nom dit qu’elle est belle ou alors fut très belle. L’homme s’appelle Goulmaam, ainsi qu’il convient d’appeler raisonnablement tout être égaré conscient de son état ou qui n’est pas conscient de sa condition dans le monde. Goulmaam est un ancien chasseur de loups et d’autres fauves et carnivores dans la nature et parmi les hommes. Confondant Mosselle qui dormait dans un buisson quelque part dans la forêt des mystères, elle l’aurait atteint par une de ses flèches empoisonnées. Il a entendu une vie humaine lui dire « Tu m’as atteint, mais pourquoi voudrais-tu de ma mort ? » C’est alors que commença sa cécité et c’est ce jour là qu’il s’est converti en Défenseur des Droits de l’Homme et s’est engagé à accompagner Mosselle et Yaakaar cet enfant que portait alors et que encore aujourd’hui Mosselle dans son ventre. Mais Mosselle avait alors perdu toutes ses facultés.

Mosselle, Yaakaar et Goulmaam sont à la recherche d’une terre promise. Ils sont en route depuis l’établissement des premiers pouvoirs des premiers gouvernements qui furent les bergers de l’existence dans la nature et parmi les hommes. Il y a de cela très longtemps. Depuis ces temps de l’humanité naissant dans la nature, Mosselle porte sa grosse et Yaakaar est à la recherche de cette terre de naissance promise par son père encore inconnu.

Aux Assises de Wéthiar, il me semble qu’il s’agit de reconstituer une histoire dont l’unité est dissociée, dont les parties sont dispersées et que chaque orateur tiendrait une portion de la vérité que l’on cherche à saisir par les sens ou par l’esprit. Au fur et à mesure que les saltiguis entrent en scène et parlent, il me semble que le visage et la nature de ce dont il est question dans l’ordre du jour se trace et devient de plus visible.

Le Corps social des saltiguis de Wéthiar dit qu’un jour, une jeune fille très belle qui s’appelle Mosselle à cause de sa beauté, avec toutes les filles de sa communauté quelque part existant encore ou disparu dans le monde, se sont rendues dans la forêt des mystères pour y chercher du bois qui devait servir à la préparation d’un repas collectif au cours d’une cérémonie initiatique.

Alors qu’elles s’apprêtaient à retourner à la cité où les attendait leur peuple,  elles auraient entendu une voix, celle d’une femme qui solitaire qui demandait de l’aide. « Depuis que je suis dans cette forêt, me voici enfin devant ce fagot de bois que mon peuple m’a demandé de retrouver dans cette forêt et de ramener au milieu du peuple. Il me reste maintenant après que je l’ai enfin retrouvé après plusieurs nuits et jours de recherche, mais il me faut à présent le porter sur ma tête. Je n’ai pas la force pour le soulever avec mes propres forces. Des femmes et des hommes très forts qui se sont étonnés que je ne puisse pas soulever ce fagot de bois avec mes propres forces, se sont rendus eux-mêmes compte qu’il n’est pas donné à toutes les forces de faire ce que je ne peux pas faire sans aucune autre contribution venant des hommes ou de quelque autre force de la nature. Je suis incapable de le porter sur ma tête par mes propres forces et je n’ai pas le droit, ni même le pouvoir d’en  diminuer un seul morceau. Y’ aurait quelque part dans ce monde, une présence proche ou éloignée dans cette nature ou en dehors de cette nature pour me venir en aide et sachant qu’en retour que  je n’aurais rien à lui rendre qui pourrait servir de prix  pour son concours ? »

Malgré l’esprit de méfiance de ses camarades qui l’en dissuadèrent, Mosselle n’avait pas eu la force de rester indifférente à cette appel. Elle fit ce qui dépendait d’elle et elle le fit avec succès, parce qu’elle comprit ensuite qu’elle venait de sauver une vie humaine. Cette femme était condamnée. Elle devait porter ce fagot de bois sur sa tête et ce fagot de bois c’était le fagot des corps et des esprits de son peuple rassemblés en un seul corps.

En décidant par sa propre conscience de répondre à cette voix inconnue, elle ignorait tout de la portée de son acte. Elle suivait alors la voix du devoir et de la solidarité que lui suggéra sa conscience individuelle qui n’est pas celle de sa société puisqu’elle n’était pas seule et elle fut la seule à se décider de répondre positivement.

Mosselle n’était pas le seule et la première à répondre à l’appel de cette voix. Beaucoup d’hommes et de femmes avaient entendu cet appel et auraient répondu positivement, mais malheureusement, leur présence n’avait rien changé.  

Le fagot de bois que cette femme inconnue était condamnée à retrouvée pour retourner dans la communauté qui l’avait exilée, n’était pas n’importe quel fagot de bois, mais un fagot de morceaux de bois sensibles, intelligents, doués chacun d’une volonté individuelle et d’une volonté générale qui les attachait les uns aux autres, et poursuivant chacun une fin individuelle et ensemble une fin collective.  

Il ne dépendait pas de la volonté individuelle et du pouvoir individuel de la femme qui devait le porter sur sa tête ou des pouvoirs individuels associés ou personnels qui répondirent à son appel, mais surtout de la volonté, de la sensibilité et de l’intelligence des bois du fagot et du fagot. Cette femme condamnée ne pouvait pas soulever cette charge pour la porter sur sa tête, parce qu’elle n’inspirait plus confiance aux membres de sa communauté.

Depuis ce matin, Mosselle est en état de grossesse. Les saltiguis de Pagaal disent qu’elle ne sait rien du père de cet enfant qu’elle porte. Elle est devenue sourde, aveugle, muette et amnésique dès qu’elle fut renversée par une force humaine ou surnaturelle dans la nature, après avoir répondu à l’appel d’une inconnue et après lui avoir rendu un immense service. Pour retrouver la confiance qui lui fut arrachée par sa société, cette femme devait arriver à ramener ce fagot de bois au milieu des siens. Mosselle est donc la source de la restauration de sa confiance perdue. Mieux vaut mourir dans la solitude que de vivre avec des femmes et des hommes qui ne nous font pas confiance et à qui nous ne faisons pas confiance.

Peut importe le sexe de cet enfant que porte encore Mosselle dans son ventre ; son nom sera toujours Yaakaar. C’est le nom que son père encore inconnu lui a soufflé dans son âme depuis sa conception pour lui signifier de ne jamais se séparer de la confiance et de l’espoir. C’est ce père encore inconnu qui guide leur voyage. Depuis le ventre de sa mère, Yaakaar entend la voix de son père, voit clairement son corps et son esprit dans un grand et beau peuple quelque part dans le monde.

Les saltiguis de Wéthiar ne l’ont pas dit, mais je suppose qu’il est logique de penser que le peuple où Yaakaar devrait naître et où Mosselle et Goulmaam devraient retrouver enfin leurs facultés perdues, serait une grande nation de football.

Les voyageurs qui sont dans la pirogue en or dans les eaux du Fleuve Jotnaam Ndigil, le Fleuve des vérités du monde, n’ont pas encore fait le tour de l’existence, mais ils auraient fait une bonne partie des sociétés humaines. Comme le corps des saltiguis de Wéthair, ils espèrent qu’ils n’ont pas encore fait le tour de toutes les humanités possibles.

Ce que les saltiguis de Pagaal affirment tous avoir entendu de la voix de Wéthiar lui-même, c’est que le peuple que cherche Yaakaar est un peuple amoureux de science et de sagesse positive. Wéthiar n’est pas Dieu, mais il est, de tous les esprits en dehors de l’esprit de Dieu, le plus ancien et le plus proche de l’Esprit du Dieu de l’univers, et il n’oublie rien de ce qu’il sait au sujet de la nature et au sujet de l’homme. Le corps des saltiguis de Wéthiar est formel : le peuple de Yaakaar est un celui de l’abondance en toute sortes de biens naturels et culturels à l’image de leur pirogue de ce ballon et de ce pied en or.

Le Corps des saltiguis de est comme celui des Renseignement Généraux, mais avec encore cette grande différence qui est que les agents qui renseignent les Etats modernes et leur gouvernement au sujet de l’environnement naturel et sur tous les secteurs signifiants de l’environnement social parleraient un langage clair et avec le maximum de précision et de preuves possibles, alors que les premiers parlent généralement par énigme et l’existence dont ils parlent n’est pas toujours clairement et évidemment présente dans les esprits ou dans les corps du monde. Avec les saltiguis de Pagaal, on est toujours entre le possible et l’impossible, quand ils sont suffisamment clairs et quand leur discours est moins transparent, le plus grand nombre des hommes penche très souvent à dire qu’ils ont tout inventé, que ce dont ils parlent n’a jamais existé et ne saurait jamais exister.

Il n’est pas toujours facile de comprendre ce que disent, ce que cherchent les hommes dans leur voyage solitaire et dans leur voyage collectif, mais je crois savoir de ces voyageurs dont j’ai entendu parler de l’existence aux Assises du Khoy de Wéthiar seraient à la recherche d’un pouvoir dont l’essentiel de son  autorité consisterait à rapprocher toute chose de l’existence et tout être de l’existence de ce dont ils pourraient être séparés, de ce dont ils sont effectivement séparés par la nature ou par l’histoire, accidentellement ou volontairement, par la force ou par la ruse, par la raison, par un contrat ou sans contrat. Un gouvernement dont l’essentiel du pouvoir consisterait à séparer, à détacher et à éloigner toute chose et tout être de ce qui serait attaché volontairement ou involontairement à son existence et qui pourrait le séparer du pouvoir individuel ou collectif qui lui est nécessaire pour atteindre sa fin personnelle ou sa fin collective.

 Il me semble aussi, mais ce n’est qu’une hypothèse, que ces voyageurs qui sont dans les eaux du Fleuve Jotnaam sont à la recherche des terres des hommes de la bonne gouvernance. 

Depuis que je me suis réveillé de ce long et profond  sommeil existentiel, je me demande  si Yaakaar pourrait enfin naître parmi nous, aujourd’hui à Pagaal ?

 

 

 



samedi 25 août 2012

Philosophie de l'être chez Socrate: On ne peut pas voir le soleil sans voir la lumière


Par contre, on ne peut pas voir le soleil ou concevoir un soleil sans voir la lumière. Pareillement,  on ne peut voir une lune dans le ciel physique dans un ciel métaphysique sans voir la lumière. Celui qui dit voir une étoile voit nécessairement et en même temps, matériellement ou conceptuellement,  une lumière. Les couples (soleil et lumière), (étoile et lumière) et «lune et lumière », « luciole et lumière » « œil et lumière », « eau et lumière »,  sont des couples inséparables comme le recto et le verso d’une feuille forment un couple inséparable et une même réalité divisible et en même inséparable. Autrement dit, ce n’est pas seulement sa forme qui fait ou définit le soleil ou l’étoile ou la lune. La lumière est donc une composante  naturelle,  une propriété naturelle du soleil d’émettre de la lumière, soit parce qu’il produit cette lumière en permanence, soit parce qu’il est couplé à une réalité qui ne le quitte pas, à un être qui ne le quitte pas et qui est toujours lumière et chaleur. L’être de la chose, c’est donc ce à quoi renvoie nécessairement l’évocation ou la vue de la chose, soit à ce qui peut produire la chose, soit à ce que la chose peut produire. L’étoile renvoie à une certaine forme parmi les formes possibles des choses géométriquement représentables. Cette forme permet par exemple de la distinguer du soleil en tant que progénitures naturelles de l’être lumière. L’étoile renvoie nécessairement à la lumière au sens propre au figuré du terme lumière. Quand  on dit  par exemple l’étoile de la perche, on pense à une championne ou à un champion olympique dans ce sport. De même quand on pense à l’étoile on pense naturellement au ciel en tant que contenant. De même quand on pense étoile on pense au temps, à un moment qui est la nuit, par habitude.

 

L’être est donc la mesure de toute chose. Non pas la mesure provisoire et accidentelle, mais la mesure invariable qui contient l’existence de toute chose ou celle que contient toute chose isolable des autres. L’être est donc à la base de toute existence particulière. C’est pourquoi aussi l’être est concevable comme un couple formé par  ce qui est mesurable et ce qui le mesure et ce qui les couple. L’être ou le mot être, c’est comme une aiguille entre les deux termes d’une balance. Connaître donc une chose c’est connaître son être en tant que contenant ou en tant que contenu.

 

Comme l’être est la mesure de toute chose, l’être est la mesure de toute connaissance et la mesure de toute action pratique et de l’action politique en particulier. Ce n’est pas hasard comme l’écrit Machiavel que « la plupart des penseurs politique…nature de l’homme » ou son être parmi les êtres.

 

Ce que demande Socrate dans la question "qu'est-ce que c'est?"


1.  Ce que demande la question « qu’est-ce que c’est ? »

 
Partons de quelques exemples empiriques pour savoir ce que Socrate demande de déterminer quand on entreprend l’étude d’une chose quelconque.  Aux questions « qu’est-ce que c’est le soleil ? », « qu’est-ce que c’est la lune », « qu’est-ce que c’est l’étoile » et « qu’est-ce que c’est l’ampoule électrique ?», on peut bien répondre et avec raison dans une certaine mesure, que :

 

1.      « Le soleil est un contenant de la lumière. »

2.      « La lune est un contenant de la lumière. »

3.      « L’étoile est un contenant de la lumière. »

4.      « L’ampoule électrique est un contenant de la lumière. »

 

Si on considère ces quatre propositions comme étant vraies, théoriquement et matériellement,  en même temps, on doit poser que le soleil, la lune, l’étoile et l’ampoule électrique et d’autres contenants naturels ou artificiels de cette, sont une même et unique chose qui s’appelle la Lumière. Ou alors, ces différents contenants et contenus,  appartiennent à une même famille de réalité dont la mère s’appelle la Lumière et ont un pouvoir du même genre : le pouvoir d’éclairer. L’œil fait partie aussi de cette famille d’être et de pouvoir.

 

 

Nous dirions alors que : « Le soleil est lumière, la lune est lumière, l’étoile est lumière, l’ampoule électrique est lumière ». Cette affirmation reviendrait aussi à dire que «  la lumière est une propriété du soleil » comme elle est une propriété des autres sources dans lesquelles nous faisons empiriquement son apparition dans les temps et dans les lieux de nos expériences.

 

Comme la lumière, sans cesser d’être une seule et unique réalité, atteste son existence et sa présence en différents contenants, au même moment ou en des moments différents, on en déduit que la lumière est naturellement une réalité divisible et naturellement divisée. L’existence de la lumière est donc antérieure à celle de tous ses contenants particuliers naturels ou artificiellement créés pour sa capture et sa domestication. Tous ces abris naturellement sont donc par rapport à la lumière en tant que réalité isolables, des voies particulières par lesquelles la lumière vient à l’existence dans un temps déterminé, dans un lieu déterminé et sous une forme déterminée, avec une quantité et une qualité déterminé, mais toujours avec le même pouvoir attaché à un pouvoir correspondant. Le pouvoir de la lumière est d’absorber l’obscurité et d’éclairer ce qu’elle cache. Ce pouvoir qui est dans la lumière et qui s’actualise dans différents contenants, est l’essence, la nature ou la propriété qui permet de définir le concept de soleil ou celui de lune ou un autre dans la même famille de l’être originel, unique et universel appelé « être Lumière ». En d’autres termes l’être est toujours accompagné d’un pouvoir exclusif ou spécifique mais commun,  qui permet de l’isoler des autres êtres, ou qui permet de l’intégrer dans une famille autour d’un être général pouvant avoir plusieurs formes de présence et d’expression particulières dans les temps et dans les lieux des mondes de son apparition. Le soleil, la lune, l’étoile, l’ampoule électrique, la luciole et d’autres contenant naturels ou artificiel participe d’un même être qui a le pouvoir de se mouvoir et de se déposer en différents lieux disposés dans le temps et dans les lieux de son mouvement, de sa division et de sa dispersion.

 Si par supposition ou effectivement on parvenait à séparer le soleil de la lumière, le soleil perdrait son être, son essence, son pouvoir, sa fonction puisque le soleil mourait en tant qu’être lumière. On voit sans doute donc qu’entre les deux propositions « le soleil est lumière » et « le caméléon est vert », il y a une grande différence. Dire que « le caméléon est vert » revient à dire que si « l’être vert » sort du caméléon, le caméléon cesse d’exister en tant qu’organisme de la nature ou alors perdrait les propriétés fondamentales qui le séparent des autres existants. Ce qui n’est pas le cas. Le soleil meurt immédiatement en tant qu’être quand on le sépare de l’être lumière, même si l’être lumière ne meurt pas quand il se retire du soleil. Par contre le caméléon ne meurt pas quand le vert sort de son existence. La lumière est donc l’être constitutif, une propriété et un pouvoir nécessaire pour l’existence de l’être soleil. L’être vert est par contre un semblant d’être, un dépôt d’être passager qui vient accidentellement habiller le dehors de l’être caméléon sans rien perturber dans son intériorité ni dans ses comportements et pouvoirs naturel. De même, la proposition « L’eau est liquide » n’est pas toujours vraie dans le temps et dans les lieux où l’on constate l’existence  et la présence de l’eau dans ses contenants. L’eau peut devenir solide ou gaz. L’état liquide, l’état gazeux et l’état solide ne sont donc pas des contenus et des contenants constants de l’être eau. L’eau peut sortir de l’état gazeux ou autrement dit, l’état gazeux peut sortir de l’eau. La propriété ou l’être de l’eau c’est comme celui du caméléon par rapport à la couleur :le caméléon est l’absence totale ou la présence de toutes les couleurs comme l’eau est l’absence d’un état fixe mais la possibilité de se contenir dans le monde dans tous les états.

Un contenant n’est donc pas nécessairement le propriétaire authentique de ce qu’il contient. De même, un contenu n’est pas toujours la propriété de ce dans quoi il est contenu ou supposé être contenu. 

 
C’est pourquoi aussi dans la conception que Socrate se fait de l’être de la réalité générale ou particulière à penser,  en tant qu’élément introduisant un rapport, en tant qu’état ou propriété, il n’est pas juste de dire que « le caméléon est (le ) vert » ou « le caméléon contient le vert » ou encore « le vert est ( le ) caméléon ». Le vert n’est pas une propriété avec laquelle le caméléon est constitué naturellement. Le caméléon n’est qu’un contenant accidentel que le vert a rencontré. Le vert n’est pas une propriété inséparable de l’existence du caméléon. Le vert n’est qu’un emprunt passager, quelque chose à rendre à son légitime propriétaire à savoir l’être vert qui est domicilié en dehors du corps du caméléon et de tous les corps naturels ou artificiels qui peuvent le contenir et revendiquer sa propriété.  C’est pourquoi,  en transformant le mot être par le mot égaliser, on ne peut pas dire que « caméléon égale vert » et « vert égale caméléon ».

Socrate et la philosophie de l'être

                                 PREMIERE PARTIE:  REFLEXION SUR L'ETRE


I.         Le problème de l’être chez Socrate


1. La question initiale « qu’est-ce que c’est ? »


 Dans les dialogues de Socrate dont Platon est le rapporteur, la question initiale et incontournable est celle qui pose le problème de l’être : Socrate commence toujours par se demander ou par demander à son interlocuteur de chercher une solution acceptable pour la question : « qu’est-ce que c’est ?».  Ainsi dans Le Ménon, un ouvrage dont le titre porte le nom de son interlocuteur, à la demande initiale de son vis-à-vis qui vient d’un autre lieu de sagesse, Socrate pose une question au lieu de donner une réponse : « Qu’est-ce que c’est la vertu  » selon toi, mon cher Ménon ?  L’activité intellectuelle durant laquelle et par laquelle l’esprit cherche à fournir une solution acceptable à la question « qu’est-ce que c’est ? », et le résultat qui émane de cette entreprise intellectuelle sont fondamentaux chez Socrate quand il réfléchit sur une réalité quelconque. La résolution de cette question initiale commande la résolution de toutes les autres questions possibles sur la chose examinée. Cette phase de la production ou de la reproduction intellectuelle de la réalité de chaque chose considérée en elle-même s’appelle définition ou conceptualisation. La conceptualisation est le processus par lequel,  l’esprit,  usant des normes de mesure et de capture de la raison, essaye de se faire subjectivement ou objectivement, une image mentale abstraite propre et exclusive, une identité spécifique à ce dont on parle,  et de l’isoler d’autres existants possibles,  proches ou éloignés, matériels ou immatériels,  en le présentant dans une formule faite dans un langage approprié ce qui contient la chose ou ce que la chose contient comme propriété distinctive.

jeudi 21 juin 2012

L'homme est séparé de lui-même



Mon ami l’inspecteur Hutopie n’est pas encore au terme de son enquête, mais aujourd’hui, il croit avoir atteint une vérité de base. Ce qu’il sait et prend comme une vérité fondamentale pour sa mission, il dit l’avoir trouvé chez les anciens, notamment chez les grecs. Les anciens savaient déjà dit-il, qu’il existe un animal qui a plus d’une tête. Ils l’appelaient « l’hydre de Lerne ». L’homme est de ce genre d’être vivant. Ce monstre de la mythologie grecque n’est qu’un tout petit rejeton de l’homme. Il n’a que 7 têtes alors que l’homme en a une infinité. L’homme a un nombre infini de têtes, plusieurs corps, plusieurs esprits, plusieurs âmes. En surface on ne voit de lui qu’une seule tête, mais les diverses circonstances de l’histoire montrent clairement qu’en dessous de la tête unique et unifiée sur ses épaules, une multitude de têtes se cachent « en puissance », se bousculent, se querellent et se battent pour le contrôle de sa vie. L’homme n’est pas un être mais un abri d’êtres vivants de toutes sortes imaginables toujours mis en location et jamais remplie. Je crois avoir expérimenté cette vérité dans ma vie individuelle. Mon ami dit lui aussi que cette vérité vit en  lui. Deux hommes sincères suffisent pour parler de l’homme en général puisque la mise en examen d’un milliard de cas particuliers reviendrait à la même validité. A quoi et à qui cette vérité métaphysique et aussi chaude que le soleil pourrait-elle servir ? Mon ami et moi enquêtons sur la politique, sur la « bonne gouvernance ». Nous commençons donc par cette vérité qui ne concerne certainement pas deux cas seulement : l’homme est naturellement séparé de lui-même.

dimanche 15 avril 2012

Max Weber : Tout comportement observé dans les groupements humains n’est pas une « action sociale »


Une simple « imitation » de l’activité  d’autrui (sur l’importance de laquelle G. Tarde a très justement mis l’accent) ne serait pas conceptuellement une « activité sociale » en un sens spécifique si elle se produisait par simple réaction, sans orientation significative de l’activité propre d’après celle d’autrui. La frontière est à ce point flottante qu’il est à peine possible de faire une distinction.


Le simple fait qu’un individu adopte une disposition qu’il a remarquée chez autrui et qu’elle lui semble utile ne constitue pas encore une activité sociale en notre sens. En effet, cette activité ne s’oriente pas d’après le comportement d’autrui, mais,  ayant appris à conduire par l’observation du comportement d’autrui qu’il existe certaines chances objectives, l’agent s’orient d’après celles-ci. Son activité est donc déterminée causalement et non significativement par le comportement étranger.


Au contraire, si l’on imite l’activité d’autrui parce qu’elle est la « mode », qu’elle vaut par tradition, qu’elle est exemplaire, qu’elle passe pour « distinguée » dans certains milieux ou autres raisons analogues, nous sommes en présence d’une relation significative, soit par rapport au comportement des imités, soit à celui de tiers, soit aux deux à la fois.

Il y a évidemment entre tout cela des transitions. Les deux cas, celui de l’activité conditionnée par la masse et celui de l’imitation, sont flottants et constituent des cas limites de l’activité sociale, ainsi qu’on le constate par exemple encore très souvent dans l’activité traditionnelle.

La raison de cette indétermination réside dans ce cas, comme dans de nombreux autres, dans le fait qu’il n’est pas toujours possible d’établir de façon univoque ou même d’avoir seulement conscience, plus rarement encore totalement conscience, de l’orientation d’après le comportement d’autrui et du sens de sa propre activité.


C’est pourquoi on ne peut pas faire toujours avec sûreté la distinction entre la simple « influence » et l’ « orientation » significative. Du point de vue conceptuel il faut cependant les séparer, bien qu’il aille de soi que l’imitation qui n’est que « réaction » a pour le moins la même portée sociologique que celle qui produit une « activité sociale » au sens véritable du terme.

La sociologie n’a pas uniquement affaire à l’ « activité sociale » car celle-ci ne constitue (dans une sociologie telle que nous la pratiquons ici) que le problème central, celui qui est pour ainsi dire constitutif de la science qu’est est. En disant cela nous ne prétendons affirmer quoi que ce soit sur l’importance de ce problème relativement à d’autres.
Max Weber, Economie et société.